La Question des Droits d’Auteur dans le Cinéma Africain
Comment les créatrices se battent pour une rémunération juste
Derrière le glamour des avant-premières et le succès des plateformes de streaming, une bataille cruciale se joue pour l’avenir du cinéma africain : celle des droits d’auteur et de la rémunération équitable des créateurs. Les actrices-productrices sont en première ligne de ce combat, conscientes que sans un système de redistribution juste des revenus, l’industrie ne pourra pas se développer durablement.
Le problème est systémique. Pendant des décennies, les producteurs traditionnels de Nollywood achetaient les droits des films pour des sommes dérisoires, empêchant les réalisateurs et scénaristes de bénéficier du succès à long terme de leurs œuvres. Avec l’arrivée des plateformes de streaming, le modèle a évolué, mais de nouveaux défis sont apparus : opacité des données d’audience, difficulté à vérifier les déclarations de revenus, contrats complexes désavantageant les créateurs africains peu familiarisés avec le droit international.
Des figures comme Genevieve Nnaji ont ouvert la voie en négociant des contrats innovants pour « Lionheart », incluant des pourcentages sur les revenus de streaming. Funke Akindele a suivi, utilisant son poids commercial pour obtenir de meilleures conditions de Netflix pour « Battle on Buka Street ». Mais ces cas restent l’exception pour les stars établies ; la majorité des créatrices africaines continuent de travailler avec des marges très faibles.
La solution émerge à plusieurs niveaux. D’abord, des organisations professionnelles comme « The Association of Nollywood Core Producers » négocient des accords-cadres avec les plateformes. Ensuite, des technologies blockchain sont expérimentées pour tracer les visionnages et automatiser les paiements de droits. Enfin, des fonds de garantie sont mis en place pour aider les productrices à financer les frais d’avocats spécialisés dans la négociation de contrats internationaux.
Ce combat dépasse les simples considérations financières. Il s’agit de redéfinir la valeur économique de la création culturelle africaine, longtemps sous-évaluée sur le marché global. Une victoire dans ce domaine pourrait créer un précédent pour toutes les industries créatives du continent, établissant enfin le principe qu’une histoire africaine a la même valeur commerciale qu’une histoire américaine ou européenne.