Le Mali : L’Empire du Mandé et la Résistance Culturelle

Gardien des Traditions dans la Tourmente

Le Mali incarne une paradoxale permanence culturelle au cœur des turbulences politiques. Berceau de l’Empire du Mandé (XIIIe-XVIe siècles) dont la Charte du Kurukan Fuga (1222) est considérée comme l’une des premières déclarations des droits humains, le pays conserve une conscience historique aiguë qui nourrit sa résilience actuelle. Malgré l’occupation du nord par des groupes jihadistes et les coups d’État successifs, la culture malienne persiste comme un acte de résistance silencieuse.

La tradition des griots (« jeli » en bambara) constitue la colonne vertébrale de cette continuité. Gardiens d’une histoire orale remontant à Soundiata Keïta, fondateur de l’Empire du Mandé, ils perpétuent à travers la kora, le ngoni et le balafon un répertoire musical classique qui influence toute la musique ouest-africaine. Des artistes comme Toumani Diabaté, Rokia Traoré ou Fatoumata Diawara réinventent cet héritage en dialogue avec le blues, le jazz ou l’électro, prouvant sa modernité intemporelle.

Les festivals, malgré l’insécurité, demeurent des bastions de résistance culturelle. Le Festival au Désert, déplacé de Tombouctou à Bamako puis en diaspora, continue de célébrer la culture touarègue. Le Festival sur le Niger à Ségou attire chaque année des milliers de visiteurs autour des arts du fleuve, rappelant que le Niger fut et reste l’artère vitale de la région.

Dans les arts visuels, la photographie de studio malienne (avec des figures comme Malick Sidibé et Seydou Keïta) a acquis un statut patrimonial mondial, tandis qu’une nouvelle génération (Ange-Frédéric Koffi) explore les traces de la crise dans le paysage urbain. Le Mali démontre ainsi qu’une culture peut être à la fois archaïque dans sa profondeur et radicalement contemporaine dans ses expressions, et que la beauté peut être une forme de défi politique.

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